Reconstruction et réconciliation au Liban - La négociation ...

1954 : Début de la guerre d’Algérie - 1962 : Défaite de l’impérialisme français - A bas l’impérialisme français !(Part 2) (2004)

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Les « fronts populaires » : pas une bêtise, mais le plus grand des crimes
Ce qu’il y avait derrière tout cela c’est la politique réformiste du PCF. Les staliniens du Kremlin avaient en effet depuis 1924 abandonné la perspective de révolution socialiste mondiale ; au nom de la théorie de la « construction du socialisme dans un seul pays » et de la « coexistence pacifique avec l’impérialisme », au milieu des années 1930, les Partis communistes cessèrent de lutter pour la révolution prolétarienne et scellèrent des alliances avec leur bourgeoisie prétendument « démocratique » face à la montée du fascisme, pour mieux servir la diplomatie soviétique.
En France cela a pris la forme du front populaire en 1936. Ce que l’on entend par front populaire c’est une coalition de partis réformistes – c’est-à-dire des partis ouvriers dédiés au maintien de l’ordre capitaliste – et de partis ou de politiciens bourgeois ; ces derniers garantissent le caractère bourgeois de la coalition. En 1936 vous aviez le PCF qui soutenait de l’extérieur le front populaire du socialiste Blum. Ce front populaire a défait la situation pré-révolutionnaire de Juin 36. Il a interdit l’Etoile nord-africaine (organisation algérienne qui luttait pour l’indépendance, l’ancêtre du FLN), renforcé le contrôle du prolétariat algérien en France. Cela donne une bonne image du rôle imparti par la bourgeoisie au front populaire, c’est-à-dire de désarmer, démoraliser la classe ouvrière, pour maintenir son ordre social.
Le PCF enchaîna à nouveau la classe ouvrière à sa bourgeoisie avec son soutien et sa participation aux gouvernements après la Libération, de 1944 à 1947. Les ministres communistes sont restés à leur poste lors du massacre de milliers d’Algériens par la soldatesque française à Sétif et Guelma en 1945, et les députés PCF ont voté régulièrement jusqu’en mars 1947 les crédits de guerre pour la guerre d’Indochine.
Une nouvelle fois, en mars 1956, c’est la perspective de soutenir une coalition de front populaire derrière le social-démocrate Guy Mollet, front populaire incluant les radicaux-socialistes et autres partis bourgeois, qui a motivé le vote par les députés PCF de pouvoirs spéciaux au gouvernement pour la répression en Algérie. Ce que le PCF explique encore aujourd’hui (l’Humanité du 29 octobre) par « la volonté du PCF de rassembler, de l’union. Une attitude permanente, même quand ces positions, par exemple, quand le PCF vota les pleins pouvoirs à Guy Mollet, conduisirent à des échecs. » Et bien entendu le front populaire de Guy Mollet fera, comme tout front populaire, le sale boulot pour la ­bourgeoisie, c’est-à-dire l’intensification de la répression en Algérie et l’envoi de centaines de milliers d’appelés. Les « pouvoirs spéciaux », c’était l’instauration d’une dictature militaire totalitaire en Algérie contre la population ­musulmane.
Pendant la guerre d’Algérie les dirigeants du PCF ont occasionnellement prononcé le mot « indépendance », mais leur vraie politique était de faire pression sur les gouvernements bourgeois successifs pour qu’ils « négocient » un accord qui préserve les « intérêts vitaux » de la bourgeoisie française. C’était tout simplement appeler à un régime néocolonial en Algérie sous la botte de l’impérialisme français. Et aujourd’hui, quand Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, revient sur le vote, en 1956, pour les pouvoirs spéciaux, « un élément extrêmement controversé » dans le PCF, c’est pour mieux défendre sa ligne criminelle de l’époque : « […] De ce combat, avec la lucidité qu’il impose, nous pouvons être fiers » (l’Humanité, 1er novembre).
Je voudrais mentionner aussi qu’au moment de la guerre d’Algérie il y avait à la base du PCF, dans le prolétariat et la petite bourgeoisie, des militants qui voulaient réellement soutenir la lutte d’indépendance du peuple algérien. Face au refus du PCF de lutter pour l’indépendance de l’Algérie, la seule manière que voyaient ces militants pour soutenir la lutte du peuple algérien c’était de se faire « porteurs de ­valises », des réseaux mis en place pour convoyer l’argent collecté pour soutenir financièrement le FLN. Ces courageux militants furent souvent emprisonnés et réprimés par l’Etat français. Une organisation révolutionnaire aurait contribué à cette solidarité mais je veux insister que, pour une organisation de taille restreinte, sa tâche centrale aurait été de produire de la propagande pour recruter à une perspective révolutionnaire les éléments les plus avancés du prolétariat.
Avec le sabotage de la vague de grèves par le front populaire, puis la mise en place du régime bonapartiste de de Gaulle en 1958, la bourgeoisie a provisoirement enrayé la crise sociale. Pourtant, fin 1959, alors même que le régime gaulliste proclamait la « victoire » sur le plan militaire, une vague de défaitisme bourgeois commença à monter dans la bourgeoisie. Celle-ci voyait que même la sauvagerie sans égale de de Gaulle sur le terrain n’apportait aucun signe que la fin de la lutte anticoloniale était en vue. En 1960 il y avait des indications d’un retournement dans l’opinion publique. Le procès en septembre 1960 d’un groupe de porteurs de valises provoqua un manifeste de soutien de 121 intellectuels de premier plan, comme Sartre, Simone de Beauvoir, Marguerite Duras, etc.
A cette époque on va assister à une profonde crise dans l’armée française. Un chef de bataillon français décrivait en novembre 1960 assez bien cela (la Nouvelle Critique, janvier 1961) :
« L’armée en a assez ! L’armée aspire à la fin de la guerre ! Il s’agit bien sûr de l’armée des djebels, de l’armée qui se bat, c’est-à-dire de la majorité écrasante et non pas de la bureaucratie militaire des états-majors […]. »
L’historien militaire George Kelly note que les manifestations de masse pro-FLN de décembre 1960, lors de la visite de de Gaulle en Algérie, « avaient rudement secoué les sentiments de l’armée et dissipé les rêves tenaces d’une Algérie “intégrée” […]. Le FLN avait gagné la “seconde bataille d’Alger”. » La répression sanglante n’avait pu venir à bout des manifestations pro-FLN à Alger. Les soldats se révoltèrent en avril 1961 contre le putsch des généraux, et de Gaulle dut lutter désespérément pour regagner le contrôle de l’armée en Algérie ; à Blida les soldats du rang s’étaient emparés de la principale base militaire du pays et avaient arrêté les officiers ; ils auraient même levé le drapeau rouge de la révolution. Les paras furent chassés et les appelés avaient fêté cela en chantant l’Internationale et la Marseillaise. C’est tout cela aussi, pas seulement la lutte armée du FLN, qui explique sa victoire finale.
L’impérialisme, « stade suprême » du ­capitalisme
Aujourd’hui, plus de quarante ans après, le PCF, comme on peut le voir dans la déclaration de Marie-George Buffet publiée dans l’Humanité du lundi 1er novembre, « appelle le président de la République, M. Jacques Chirac, à effectuer le geste solennel consistant à reconnaître le tort fait à la nation algérienne par le colonialisme, la répression et la guerre. Notre pays en sortira grandi. […] La voix de la France dans le monde n’en sera que plus respectée ». Cela vise à redorer le blason de l’impérialisme français afin qu’il soit en meilleure posture pour intervenir au Proche-Orient, au Darfour et de partout à travers le monde.
Le PCF en appelle à sa bourgeoisie pour (je cite l’Humanité du 1er novembre) « passer à une amitié sincère et apaisée », et il soutient la politique de Chirac : « Les visites de Jacques Chirac et de ses ministres en Algérie, l’établissement de relations diplomatiques plus serrées ont eu le mérite incontestable de jeter des ponts entre les deux rives de la Méditerranée. » Le PCF insiste même lourdement : « La France peut jouer un rôle clé pour encourager les investissements nécessaires au développement de l’Algérie. » Et ensuite de demander que cette politique de la France « ne saurait se réduire, du point de vue de la France, à la défense de ce qu’elle peut être tentée de considérer comme son “pré carré” […] ».
Tout cela véhicule l’idée qu’il pourrait y avoir un impérialisme français pouvant jouer un rôle progressiste – un impérialisme des « droits de l’homme ». C’est une illusion réactionnaire criminelle. L’impérialisme, qui est le stade suprême du capitalisme, est totalement réactionnaire. C’est l’époque où, pour se maintenir, les pays impérialistes se jettent dans des guerres de pillage, pressurisent toujours plus les pays qu’ils pillent et cherchent toujours plus à augmenter le taux d’exploitation des ouvriers. Ils font tout cela non pas par sadisme gratuit, qu’on pourrait supprimer en changeant les hommes, mais parce que le système économique les y pousse. Ils doivent faire cela parce qu’ils doivent trouver des débouchés supplémentaires au capital qu’ils accumulent et sous peine que leurs rivaux, les autres classes capitalistes impérialistes nationales, américaine, allemande ou autres, ne les supplantent complètement.
L’impérialisme français, c’est par exemple avec Mitterrand à sa tête, la participation au massacre dans la première guerre du Golfe de dizaines de milliers d’Irakiens en 1991. C’est, en 1994, pour maintenir ses intérêts en Afrique, le soutien, 1’armement et l’entraînement du régime hutu au Rwanda qui a perpétré le génocide de plus de 800 000 Tutsis. C’est l’écrasement de la Serbie en 1999 par les USA et l’OTAN, avec la participation de l’impérialisme français dirigé par le gouvernement capitaliste de Jospin et du PCF. Nous disons : A bas l’impérialisme français ! Impérialisme français hors d’Afrique, hors d’Haïti, hors des Balkans ! Impérialisme français bas les pattes devant le Proche-Orient et le Moyen-Orient !
Pour nous la torture pendant la guerre d’Algérie montrait le vrai visage de l’impérialisme français – de la soi-disant France des droits de l’homme et du citoyen dont la bourgeoisie prétend avec arrogance éclairer le monde de ses valeurs égalitaires universelles, cette « France républicaine » tant vantée par la bourgeoisie mais aussi par le Parti communiste français, comme lors du soutien de celui-ci à Chirac tout au long de la deuxième guerre contre l’Irak.
Si la bourgeoisie française n’a pas directement participé à la guerre contre l’Irak d’il y a deux ans, c’est qu’elle pensait que cela desservait ses intérêts. Cela n’a pas empêché la bourgeoisie américaine de faire visionner au Pentagone le film « la bataille d’Alger » (qui montre l’institutionnalisation de la torture pour reprendre le contrôle de la casbah d’Alger début 1957), pour en tirer des leçons et rendre plus efficace son occupation coloniale de l’Irak. C’est aussi cette sordide expérience que la bourgeoisie française a mise au service de nombreuses juntes d’Amérique du Sud comme contribution à la lutte contre le communisme dans les années 1970 (voir le documentaire et le livre de Marie-Monique Robin parus récemment : « Escadrons de la mort, l’école française »).
La scission de la Quatrième Internationale et la guerre d’Algérie
Je voudrais maintenant revenir sur le rôle des organisations qui se réclamaient du trotskysme à l’époque. On venait d’avoir, juste avant le début de la guerre d’Algérie, la destruction de la Quatrième Internationale par la victoire de la ligne politique de Michel Pablo en 1953, précédée de la scission en 1952 de la section française.
Le contexte politique de cette bataille est le suivant : les trotskystes faisaient face à une réalité qui exigeait de nouvelles explications marxistes : la consolidation et le renforcement du stalinisme après la Deuxième Guerre mondiale, et les révolutions chinoise et yougoslave faites par des forces petites-bourgeoises dirigées par des staliniens. Je n’ai pas le temps de développer ici une explication complète mais je vous renvoie à notre article « Genèse du pablisme » publié dans Spartacist édition française n° 4, 1973.
La réponse des pablistes à ces nouveaux développements était d’y voir un processus « dynamique objectif » vers la révolution socialiste, qui faisait que le facteur subjectif, le niveau de conscience de la classe ouvrière et l’existence d’un parti révolutionnaire pour élever ce niveau de conscience et l’amener au véritable communisme, n’avait aucune importance et aucun intérêt. D’où la théorie suivant laquelle les staliniens pouvaient adopter une politique « approximativement révolutionnaire », et qu’il fallait liquider la Quatrième Internationale pour entrer dans les partis staliniens afin de les pousser vers la gauche – et en France ils se sont effectivement liquidés dans le PCF. Il y avait là en apparence une orientation pro-Staline, puisqu’ils attribuaient à la bureaucratie stalinienne un rôle progressiste. Mais les conséquences de ce révisionnisme allaient bien au-delà de la question du stalinisme, puisque fondamentalement il s’agissait de liquider le parti ouvrier révolutionnaire d’avant-garde.
Il y a eu une lutte politique contre ce liquidationnisme de Pablo. Une lutte partielle et tardive, mais nous avions un côté avec les « anti-pablistes », qui représentaient à l’époque la continuité du combat de Trotsky pour la Quatrième Internationale : ils étaient les trotskystes américains du SWP (dont nous provenons historiquement), et la majorité de la section française dont faisait partie Pierre Lambert. (Ces derniers sont devenus plus tard le Parti des travailleurs chauvin et « républicain » que nous connaissons aujourd’hui, mais c’est une autre histoire. Les pablistes, eux, sont devenus les réformistes de la LCR de Krivine-Besancenot.)
En ce qui concerne l’Algérie, les pablistes ont, après quelques hésitations, très rapidement épousé politiquement le FLN et c’est intéressant qu’ils l’aient fait dans le sillage des attentats du FLN à Philippeville dont j’ai parlé. Voilà ce que déclaraient les pablistes en janvier 1956 dans un de leurs documents intitulé « Les trotskystes dans la révolution ­algérienne » :
« Il ne peut pas y avoir de fraction algérienne plus révolutionnaire aujourd’hui que celle qui combat dans le maquis. […] De la part d’un groupement métropolitain quel qu’il soit la lutte contre le Front de Libération Nationale, qui est l’initiateur et la direction incontestable des maquis ne peut être qualifiée autrement que comme une trahison de la révolution algérienne. Nous le disons en mesurant bien nos mots. […] Le trotskysme qui est le programme de la révolution internationale ne peut avoir de reproche à formuler contre les cadres populaires qui ont débordé et mis hors du circuit leurs dirigeants traditionnels timorés ou incapables. Il fait confiance à ces cadres plus qu’à quiconque. […] C’est sur eux que reposent les chances de la révolution nord-africaine pour de longues années. Ils doivent bénéficier au maximum du soutien inconditionnel de tous les révolutionnaires. »
C’est une capitulation explicite au programme nationaliste du FLN, soutenant le FLN contre le MNA (Mouvement national algérien). Michel Pablo poussera la logique de ce soutien politique au FLN jusqu’à sa conséquence extrême quand il participera, après la prise du pouvoir du FLN et jusqu’en 1964, au gouvernement nationaliste algérien.
Le FLN lui-même était une scission de l’organisation nationaliste historique dirigée par Messali Hadj, dont les sympathisants allaient se regrouper dans le MNA. Le FLN et le MNA se livrèrent à une véritable guerre civile pour le contrôle du mouvement nationaliste, qui fit 4 000 morts dans la métropole et 6 000 en Algérie, dont de nombreux syndicalistes de la CGT et des dirigeants de l’USTA (Union syndicale des travailleurs algériens, pro-MNA).
Si vous lisez Rouge de cette semaine (28 octobre), le journal de la LCR, il vous parle de leur « soutien privilégié au FLN » et du FLN comme le « moteur de la Révolution algérienne ». Il rappelle aussi, dans le cadre de leur politique, le soutien international à la révolution algérienne impulsé par Pablo et leur participation aux porteurs de valises. Par contre ce que vous ne saurez jamais en lisant Rouge c’est que les pablistes soutenaient le vote pour le PCF qui déclarait à l’époque « sa volonté d’être considéré faire partie du bloc républicain » entre des partis bourgeois et la SFIO (la Section française de l’Internationale ouvrière, la social-­démocratie de l’époque).
Il s’agit donc d’un soutien à peine voilé des pablistes au front populaire, et d’ailleurs dans un document interne ils écrivaient :
« La participation aux comités de Front populaire que lance le PC est incontestablement à l’heure actuelle le levier le plus réaliste pour propulser l’organisation des masses et favoriser le déclenchement des luttes [..]. »
– cité par Sylvain Pattieu, les Camarades des frères
Leur ligne en fait revenait à faire pression sur la bourgeoisie pour des négociations. Ils ont même prôné une « solution transitoire » préservant les intérêts notamment pétroliers du capitalisme français : « le gouvernement algérien [après l’indépendance] pourrait envisager pour toute une période la constitution d’une société mixte de l’exploitation du Sahara, avec participation de l’Etat algérien, des capitaux français » (Quatrième Internationale, mai 1959). C’était proposer ouvertement un régime capitaliste néocolonial en Algérie, qui servirait d’intermédiaire pour le pillage impérialiste du pays.
Les lambertistes et le MNA
D’un autre côté on avait les lambertistes. Au moins ils avaient tenté de lutter contre le liquidationnisme pabliste. D’ailleurs, contrairement aux pablistes les lambertistes aux élections législatives de janvier 1956 n’appelaient pas à voter pour les candidats ouvriers soutenant le front populaire. Les lambertistes se sont orientés vers le MNA, et de façon critique au début. Il est vrai que tactiquement cela se défendait car le MNA – l’organisation dirigée par Messali Hadj – organisait en grande partie les ouvriers algériens au sein de la métropole.
Mais très rapidement les lambertistes ont capitulé totalement devant le MNA. Ils diront que le MNA a un programme « dont le contenu socialiste était très clair » (Pierre Lambert, La Vérité, 14 juin 1957) ; un de leurs cadres historiques, Gérard Bloch, va aller en 1957 jusqu’à caractériser les militants du MNA comme « ce qui existe aujourd’hui de plus proche, comme parti de masse, de ce que fut l’authentique parti bolchevik de Lénine et Trotsky. » Ils n’iront pas jusqu’à théoriser l’abandon du parti mais dans la pratique cela revenait au même. Et y compris après l’affaire Bellounis (du nom d’un chef de maquis MNA en Algérie qui fit allégeance à la France en juin 1957) les lambertistes continueront à soutenir le MNA. Ce n’est que lorsque Messali Hadj se ralliera ouvertement à de Gaulle en 1958 qu’ils disent avoir pris leurs distances avec lui (voir Informations ouvrières, 4-10 novembre).
Il est donc clair que ni les pablistes ni les lambertistes ne proposaient une alternative révolutionnaire au programme nationaliste du FLN et du MNA. Pour arracher les meilleurs éléments du prolétariat algérien aux griffes du nationalisme il fallait non pas encenser les nationalistes mais, tout en soutenant la lutte de libération nationale du peuple algérien, ouvrir une perspective prolétarienne révolutionnaire qui mette en évidence le programme nationaliste bourgeois du FLN comme du MNA – de même nature jusqu’à l’affaire Bellounis – qui les montait les uns contre les autres, afin au contraire de souder les travailleurs dans une lutte prolétarienne commune contre la bourgeoisie. Imaginez un instant l’impact que cela aurait pu avoir sur la lutte de classe ici si nous avions recruté ne serait-ce qu’une douzaine d’ouvriers algériens. D’autant plus que quelques années plus tard ces cadres communistes auraient pu jouer un rôle clé dans la situation pré-révolutionnaire de Mai 68.
L’économisme de Lutte ouvrière
Je voudrais dire juste un mot sur Lutte ouvrière (LO). Le groupe Barta, dont provient LO, avait abandonné la Quatrième Internationale du vivant de Trotsky en prétextant sa composition sociale petite-bourgeoise. Nous avons écrit un article dans le Bolchévik (n° 111, mai 1991) qui s’appelle « LO et la question coloniale ». Je voudrais juste faire une citation de LO de l’époque de décembre 1956. Elle est tirée du n° 2 de Lutte de classe de 1’époque du 2 décembre 1956. Elle concentre le programme de LO de l’époque :
« Le retrait du corps expéditionnaire d’Algérie, le respect du droit des peuples d’Afrique du Nord à disposer d’eux-mêmes, viennent en tête de toutes les revendications car [!] cette guerre en est arrivée à un point où sa poursuite entraîne automatiquement une forte baisse du niveau de vie de la classe ouvrière métropolitaine. »
Déjà revendiquer « le respect du droit des peuples d’Afrique du Nord à disposer d’eux-mêmes » n’implique pas nécessairement d’être en faveur de l’exercice d’un tel droit – c’est-à-dire l’indépendance. D’autre part, j’ai ­mentionné tout à l’heure que vous aviez des ouvriers qui faisaient des grèves et qui liaient leurs revendications salariales à la question algérienne (cessez-le-feu). Plutôt que de ­s’appuyer là-dessus et amener les ouvriers à généraliser et prendre conscience de la nécessité de prendre le pouvoir, LO – avec sa ligne qui ne prend en compte que les intérêts ­apparents et à court terme des ouvriers français – avait une intervention qui les ramenait sur le terrain étroitement ­économique.
Pareil pour les ouvriers algériens. Comment les gagner à une perspective révolutionnaire si on ne pousse en avant que les intérêts des ouvriers français ? C’est toute la question de l’économisme de LO et son étroitesse nationale qui est là. LO refuse d’intervenir dans le prolétariat pour y introduire la conscience de classe révolutionnaire.
C’est totalement à l’opposé de ce que disait Marx sur la révolution ouvrière en Grande-Bretagne quand il argumentait que le prolétariat anglais ne serait en mesure de faire une révolution que le jour où il aurait assimilé la question du despotisme britannique/anglais sur l’Irlande et la nécessité de défendre ses frères de classe irlandais. Pour que le prolétariat anglais assimile cela, cela pose l’intervention d’un parti révolutionnaire qui introduise cette conscience en son sein et c’est aux antipodes de la conception du parti de LO.
D’ailleurs si vous considérez notre propagande dans les dernières années vous allez vous apercevoir que dans toutes les grosses grèves (l’automobile au début des années 1980, les cheminots en 1995), et dernièrement la grève autour des retraites, nous avons poussé en avant centralement dans notre propagande notre revendication de « pleins droits de citoyenneté pour les immigrés » et notre lutte contre la terreur raciste et la ségrégation raciste – et pas seulement dans les grèves d’ailleurs mais dans toutes nos interventions. Nous expliquons que ce mot d’ordre et notre lutte contre l’oppression raciale dépassent largement le cadre d’une simple revendication démocratique et va au cœur même de ce qu’est le capitalisme français et revêt un caractère transitoire dans le sens où, si l’on veut extirper l’oppression raciale, il faut détruire le capitalisme. Aujourd’hui c’est le plan de terreur raciste Vigipirate qui sert de modèle à toutes les bourgeoisies de la forteresse Europe raciste. Nous disons : A bas la forteresse Europe raciste ! Pleins droits de citoyenneté pour tous les immigrés ! La campagne sécuritaire raciste mise en place par Jospin et le PCF quand ils étaient au pouvoir est intensifiée par la droite. La loi raciste pour exclure les jeunes femmes qui portent le foulard se traduit concrètement par l’exclusion et le renvoi vers l’obscurantisme de jeunes femmes d’origine maghrébine.
Je voudrais juste vous raconter ce que j’ai lu il y a quelques années. Des jeunes issus de l’immigration nord-africaine racontaient que les flics les poursuivaient en leur disant : « On va vous faire subir le même sort que celui qu’on a fait subir à vos parents en octobre 61 » (quand le préfet de police de Paris, Maurice Papon, a organisé le massacre de centaines de manifestants algériens désarmés à Paris). Derrière toute la terreur raciste de l’Etat français il y a la volonté de diviser le prolétariat pour l’affaiblir, mais aussi la volonté politique de la bourgeoisie de terroriser et humilier les descendants de ceux qui les ont vaincus pendant la guerre d’Algérie. Une revanche en quelque sorte.
J’ai fait référence aux luttes de la classe ouvrière, parmi lesquelles, notamment dans l’automobile, on trouve une forte composante d’ouvriers d’origine maghrébine et d’Afrique noire. En intervenant dans ces luttes nous cherchons à gagner ces ouvriers à notre programme – notamment notre perspective de révolution permanente – afin qu’ils deviennent les futurs cadres de partis révolutionnaires d’une Quatrième Internationale reforgée.
De l’Algérie 1954-1962 à l’occupation coloniale de l’Irak aujourd’hui
Il faut tirer de tout cela les leçons pour aujourd’hui. La situation est très différente. Nous sommes dans une autre période historique qui fait suite à la destruction contre-­révolutionnaire de l’URSS. La stratégie banqueroutière des nationalistes apparaît encore plus clairement. Leur faillite est criante, que ce soit en Algérie ou avec l’OLP au Proche-Orient. Mais l’absence d’une direction prolétarienne révolutionnaire fait que, face à l’occupation coloniale de l’Irak dirigée par les impérialistes américains, le programme nationaliste a été largement supplanté dans la conscience des masses opprimées par la réaction islamique-wahhabite à Fallouja, khomeyniste à Nadjaf. Comparez cela avec la guerre d’Algérie : il y avait des pieds-noirs et des Juifs algériens dans le FLN qui ont lutté pour l’indépendance. Il n’y en avait pas beaucoup, mais il y en avait. Et il y avait beaucoup de Berbères kabyles, y compris dans la direction du FLN. Il y avait aussi pas mal de femmes qui ont joué un rôle actif dans la lutte anticoloniale, même si elles étaient exclues dans la plupart des cas de la participation directe au combat. C’est que le FLN, s’il affirmait son soutien à l’islam, voulait une société moderne, l’éducation et le développement économique, même si son programme nationaliste était un obstacle pour y parvenir. Mais imaginez un seul instant un Juif qui voudrait soutenir la guérilla à Fallouja ; il se ferait décapiter avant même d’avoir pu crier « Allah Akbar ». Les islamistes irakiens, eux, veulent revenir au califat du temps du Prophète.
Si vous regardez aujourd’hui des groupes comme le SWP de feu Tony Cliff en Grande-Bretagne, dont les partisans français (ex-Socialisme par en bas) sont aujourd’hui dans la LCR, ils soutiennent de façon inconditionnelle la « résistance » irakienne, quels que soient les crimes que celle-ci commet contre les travailleurs étrangers, les femmes ou les membres d’autres communautés irakiennes. Le SWP soutient la « résistance » mais ce sont les mêmes qui votent pour les travaillistes qui organisent 1’envoi des troupes impérialistes de Sa Majesté en Irak. Le fait de soutenir ou pas des forces qui prennent des fusils n’est pas en soi un critère pour définir une perspective révolutionnaire. Pour notre part voilà ce que nous avons écrit dans le numéro actuel du Bolchévik (n° 169, septembre) :
« Dans la mesure où il y a des forces sur le terrain en Irak qui dirigent leurs coups contre les occupants impérialistes (y compris leurs mercenaires qui sont plus de vingt mille à opérer dans le pays), nous appelons à leur défense militaire contre l’impérialisme US. Tout coup porté contre les occupants impérialistes est un coup porté aux ennemis des travailleurs et des opprimés dans le monde entier.
« Mais nous ne décernons pas de qualificatifs “anti-­impérialistes” aux forces actuelles qui organisent sur place des attaques de guérilla contre les forces US. Nous mettons en garde que, en l’absence d’une lutte de classe en Irak et internationalement contre l’occupation coloniale, la victoire de l’une ou de l’autre de ces forces cléricales réactionnaires se produira plus vraisemblablement au travers d’une alliance avec l’impérialisme US. Nous nous opposons de façon intran­sigeante à la violence intercommunautaire meurtrière contre les autres groupes ethniques, religieux et nationaux, que commettent souvent les mêmes forces qui combattent les armées d’occupation. Et nous condamnons le kidnapping et le meurtre de travailleurs civils étrangers en Irak. »
J’ai parlé du prolétariat algérien dans les années 1950 ; aujourd’hui en Irak le prolétariat est affaibli après deux guerres impérialistes, douze ans d’embargo meurtrier de l’ONU et le chaos de l’occupation impérialiste actuelle. Il y avait en Irak des traditions de lutte révolutionnaire ; nous en parlons notamment à propos de la révolution de 1958 dans notre article publié dans Spartacist édition française n° 35, printemps 2003 ; nous voulons faire revivre ces traditions en tirant les leçons des trahisons du Parti communiste. Nous avons une perspective prolétarienne révolutionnaire y compris au Proche-Orient. Je voudrais conclure avec une citation sur l’Irak du journal de nos camarades américains, Workers Vanguard n° 834 (15 octobre) qui donne une idée de notre ­perspective :
« Un soutien politique aux forces islamistes (ou nationalistes bourgeoises) en Irak est incompatible avec la seule perspective véritable pour libérer l’Irak et le reste du Proche-Orient du joug de la domination impérialiste – la révolution socialiste. L’Iran voisin, par exemple, abrite un prolétariat jeune et puissant, qui étouffe sous l’emprise suffocante d’une théocratie islamique réactionnaire et de plus en plus discréditée. Une révolution socialiste en Iran serait un coup direct en faveur de l’émancipation des femmes et des minorités nationales et religieuses dans cette prison des peuples. Elle ouvrirait aussi la possibilité d’une transformation révolutionnaire de toute la région, faisant ainsi entrevoir l’issue de l’internationalisme prolétarien même dans la situation de division apparemment insurmontable en Israël/Palestine. Mais il est absolument évident que pour mobiliser les masses iraniennes (ou celles des pays arabes) sur la voie de la révolution sociale, il faut s’opposer avec intransigeance à l’intégrisme islamique ainsi qu’à l’impérialisme occidental. Il faut construire des partis d’avant-garde léninistes, en opposition à toutes les formes de nationalisme bourgeois et d’intégrisme religieux. »
C’est armés de cette perspective que nous construirons des sections d’une Quatrième Internationale reforgée qui lutte pour la révolution socialiste mondiale.
http://www.icl-fi.org/francais/oldsite/Algerie-170.html
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Jean-Luc Racine - Cachemire : conflit oublié ?

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